Vers une certification des consultants ?

par Dominique Moisand

Lorsque le Président de l'AFAI  me demandait récemment mon avis sur les critères qui pourraient permettre de caractériser les compétences d’un consultant en système d’information, j’ai tout naturellement pensé à faire une analogie avec le CISA. En effet, la certification des auditeurs en système d’information fait autorité au plan mondial et l’engouement qu’elle suscite en France témoigne de la notoriété croissante de ce type d’approche.

Cependant, à la réflexion, les différences entre les deux professions paraissent irréductibles. L’auditeur cherche à vérifier si les sacro-saintes bonnes pratiques sont correctement mises en œuvre et s’adosse ainsi à un référentiel universellement reconnu. En ce sens, il est à espérer que le rapport d’audit d’un CISA ressemble à celui qu’établirait un deuxième CISA sur le même sujet. L’objectif atteint par la certification est donc bien de garantir que le diagnostic sera fiable et susceptible d’être confirmé par tout autre professionnel. Il est ainsi facile d’en déduire que la certification s’appuiera sur un QUIZ, étalonné par des professionnels, qui permettra de mesurer automatiquement l’écart entre l’appréciation qu’a le candidat CISA d’une situation et celle qu’en ont les professionnels.

Que dire en comparaison des compétences requises pour caractériser le bon consultant en systèmes d’information ? Les juristes nous rappellent que la conception et le développement de programmes informatiques relèvent de la création intellectuelle et artistique. Attendre de plusieurs responsables de systèmes d’information le même résultat face à un cahier des charges donné serait donc aussi insensé que de tenter de reproduire les nymphéas, en réunissant des peintres à Giverny ! La profession informatique s’emploie depuis ses débuts à limiter et canaliser les effets désastreux de la créativité débridée : progiciels, standards, normes, méthodes de spécifications et de test, briques de logiciel réutilisables,...le préfabriqué informatique a fait de grands progrès.

Face à cette industrialisation de la production du logiciel, le métier de consultant semble encore à l’âge de pierre. Les méthodes employées sont souvent propres à un Cabinet, quand elles ne sont pas tout simplement empiriques et attachées au consultant lui-même, ce qui donnerait raison à l’adage bien connu :
Qu’est-ce qui fait un bon consultant ? premièrement le consultant, deuxièmement le consultant et troisièmement le consultant.
Chaque consultant serait donc unique et irréductible à toute forme de certification en raison des formes très personnelles que son art pourrait revêtir ?

En examinant des métiers très proches où les qualités personnelles, le savoir-être, semblent l’emporter sur toute autre considération, celui de chef de projet vient tout de suite à l’esprit. Tout le monde s’accorde à reconnaître en effet l’importance des qualités personnelles d’un chef de projet, ceci n’a pourtant pas empêché nos amis de l’AFITEP de bâtir une certification des chefs de projet qui est depuis longtemps reconnue en ingénierie et, progressivement, dans les projets informatiques.

Cet exemple illustre le fait que les qualités humaines d’un chef de projet ne sauraient le dispenser de la maîtrise d’un corpus de connaissances précis : management d’équipe, plan-projet, estimation, coûts, ordonnancement, planification, suivi, maîtrise des risques,...

La question posée devient, à la lumière de cet exemple, plus claire. De quel consultant s’agit-il ? sûrement pas de l’expert technique dont le savoir se vérifie assez facilement, ni du coach en stratégie, tout en intuition et en intervention personnalisée, pas davantage de l’architecte qui représentera, sans doute longtemps encore, la créativité, dans une profession qui s’industrialise. Il me semble, mais j’attends votre avis sur cette question, que le consultant en systèmes d’information devrait être un expert en modélisation et optimisation des processus de l’entreprise.

Ceci avancé, la certification est à portée de main. Il suffirait de recenser les méthodes et outils permettant de construire des processus, de faire des simulations, d’y greffer les modules gérant les ressources et les coûts pour obtenir une base de référence commune. Le consultant aurait ensuite une coloration par métier (supply chain management, banque à distance, finance, customer care,...) et, enfin, un savoir-être personnel que la modestie m’oblige à citer en dernier, espérant ne pas être lu jusque là, à savoir, des qualités de communication !