Annonce de la création de l’Institut de la gouvernance des systèmes d’information (ITGI) par Jean-Pierre Corniou, Président du Cigref

Je souhaiterais, pour conclure les débats de cette journée, annoncer officiellement la création d’une nouvelle entité commune à l’Afai et au CIGREF : l’Institut de la gouvernance des systèmes d’information. Il s’agit d’une métastructure. Il ne s’agit pas d’un organisme de plus qui vient s’ajouter aux très nombreuses structures qui œuvrent pour le développement des technologies et des systèmes d’information, mais plutôt de la rencontre rationnelle, sobre et très « industrieuse » du souci de l’Afai et du souci du CIGREF de faire progresser, dans notre pays, la maîtrise des systèmes d’information.

Objectifs de l’Institut

1. Rationaliser les systèmes d’information et préparer l’entreprise du futur

Je souhaiterais vous faire partager en quelques mots les soucis de tous les DSI et CIO de France et d’Europe. Nous devons acter le fait que le monde de l’informatique, de la télécommunication, de la communication et de la connaissance a profondément changé au cours des dernières années. Nous ne sommes plus à l’ère des pionniers, mais dans une ère de construction réaliste, structurée, dynamique des soubassements de l’entreprise et des progrès futurs autour de la maîtrise rationnelle et concertée des technologies et des systèmes d’information. Avec l’an 2000, nous avons tourné une page significative de l’histoire. Nous avons vu, avec l’explosion de la bulle, toutes les limites d’un enthousiasme déraisonnable pour les technologies de l’information. Quand ces dernières ne sont pas prises dans leur contexte, elles deviennent des objets ou des gadgets inutiles. Depuis 2000, nous avons vécu, dans les DSI, mais également dans le métier d’auditeur en SI, l’enthousiasme de la révolution du web et toutes les difficultés et les souffrances de voir tant de gâchis et tant d’ignorance, tant de fausses victoires devenir de vraies défaites. Nous avons connu le meilleur et le pire. Il faut rappeler toutefois que la Roche Tarpéienne est toujours proche du Capitole. De ce fait, nous avons envie, nous, opérationnels et CIO, et, vous, auditeurs, de ne plus connaître cela. Nous ne voulons plus de ces étourdissements, de ces grandes tocades où l’on investit n’importe quand dans n’importe quoi à n’importe quel prix. Il ne suffit pas en effet d’investir les yeux fermés pour créer de la valeur. Nous ne voulons plus de ces retours de flamme, qui ont conduit ceux qui encensaient les nouvelles technologies de l’information à les condamner (par exemple, dans l’article de mai 2003 : IT does not matter). Nous pensons que l’informatique et les SI ne méritent ni ces excès d’honneurs, ni cette indignité.

2. Créer de la valeur et mesurer la création de valeur des SI

Pour cela, il faut les faire entrer durablement et raisonnablement dans l’ordre naturel des choses. Nous ne sommes pas foncièrement différents de nos collègues, directeurs financiers, directeurs des ressources humaines, directeurs logistique, directeurs industriels, etc. Nous sommes désormais installés dans l’Entreprise pour exploiter au mieux les potentiels des technologies de l’information et pour transformer nos processus de travail. Il faut faire en sorte que la valeur potentielle qui réside dans les technologies de l’information se transforme en valeur mesurable à travers les processus de travail de l’ensemble des collaborateurs de nos entreprises. Notre métier consiste à faire en sorte que les décisions concernant les systèmes d’information soient des décisions rationnelles. Le monde du rationnel est le monde du prédictible et du mesurable. C’est un monde où l’on sait ce qui va se passer, parce qu’on l’a déjà fait, parce que l’on a des méthodes, des référentiels, des processus, des compétences. Nous ne sommes pas dans le monde de la magie. Le monde du rationnel est le monde du mesurable. Ainsi, quand on met en œuvre des ressources qui permettront de produire des unités d’œuvre identifiées avec un coût, un poids et des technicités, on obtiendra des systèmes d’information qui tiennent debout et qui fonctionnent. Ainsi, nous aboutirons à des résultats dans le domaine de la création de valeur. L’entreprise moderne a réussi à se doter d’outils de mesure, de référentiels et d’outils d’audit.

3. Proposer un cadre de rencontre et de référence promouvant des SI plus « lisibles »

Notre désir est aujourd’hui de proposer à la communauté des entreprises françaises, des SI, un cadre de rencontre qui fédère l’expertise des uns et des autres. A partir des grands référentiels dont notre profession s’est dotée, nous voulons doter nos équipes opérationnelles d’outils de mesure et d’action permettant d’inscrire dans la durée les technologies de l’information et faire en sorte qu’elles deviennent un « non-événement » au sein de nos entreprises. En effet, parce qu’elles seront du domaine du rationnel, du prédictible et du mesurable, nous saurons prendre des décisions. Les patrons de nos grandes entreprises n’auront plus ce regard inquiet et perturbé que l’on peut constater lorsqu’on leur demande de parler d’informatique. Ils n’auront plus l’audace de dire qu’ils ne sont pas informaticiens ou ingénieurs et qu’ils n’y comprennent rien. Ils n’auront plus l’audace d’affirmer qu’ils ne comprennent pas le système nerveux central de leur entreprise. En effet, collectivement, nous leur aurons apporté de la lisibilité et nous leur permettrons de comprendre ce qu’est vraiment aujourd’hui l’informatique dans nos entreprises. Par l’Institut français de gouvernance des systèmes d’information, nous construirons un lieu qui deviendra un lieu de référence, alimentant en énergie l’ensemble des acteurs de l’écosystème informatique français, en apportant cette rigueur, cette maîtrise et cette lisibilité qui nous assurerons à la fois le confort de personnes qui travaillent dans l’innovation (mais dans une innovation maîtrisée) et la reconnaissance de nos pairs. Ces derniers ne pourront plus dire demain que les systèmes d’information sont les vaches à lait de l’industrie informatique. Nous ne voulons plus être les « moutons noirs » des comités de Direction. Nous sommes des êtres normaux, avec nos faiblesses. C’est cette raison, cette logique placide que nous voulons installer dans les comités de direction. Nous voulons que notre métier devienne une « force tranquille » qui fera que les professionnels de l’informatique, dont les DSI sont les représentants dans les comités de direction, seront des êtres rationnels et structurés, qui travaillent sur des bases normées, dont on comprend le langage, dont on comprend l’action et dont on peut mesurer les résultats. Pour les DSI du CIGREF, il s’agit également d’une assurance-vie. En effet, nous voudrions éviter que « l’on tire sur le pianiste » à chaque fois que l’on ne comprend pas la musique. Nous voudrions également éviter que, dans ce monde difficile, où l’on a toujours envie de faire de la performance supplémentaire, l’on reproche à l’informatique de ralentir le train. De ce fait, l’Institut français de la gouvernance, qui est une joint-venture originale entre l’AFAI et le CIGREF, se veut être un carrefour de raison. Dans ce monde de passions qu’est l’informatique, nous voulons « assurer les arrières ». Nous voulons construire cette base robuste, solide de reconnaissance collective de notre métier. En utilisant des référentiels, nous créerons un monde rationnel, qui relève du prédictif et du mesurable.

4. Des normes internationales

Je souhaiterais souligner que nous ne faisons pas ce travail tout seul. Nous ne mettrons pas en œuvre un système « gaulois ». Nous avons en effet décidé de nous inscrire dans une perspective internationale. En effet, avec nos collègues, nous voulons nous inscrire dans un mouvement mondial, dans un monde où la reconnaissance des technologies de l’information devient un fait de société. Nous voulons faire de l’informatique une ressource normale et fondamentale du progrès de nos entreprises et de nos sociétés